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Projet ViViCa - Ville, village, campagne

Projet porté par Stphan Fichtl (CeTHiS-Mondes anciens)

 

Ce projet vise à étudier les différentes formes de l’habitat de la fin de la période gauloise et à la période romaine, avec un regard tout particulier sur les phénomènes de rupture et de continuité.


Après une période de plusieurs siècles où domine largement l’habitat dispersé, sous forme notamment de fermes, apparaît en Gaule un nouveau type de site : l’habitat groupé non fortifié qui correspond à une concentration non seulement de l’habitat, mais aussi des activités. Ces villages, ou bourgs, couvrent l’ensemble du monde celtique à partir du IIIe s. (LT C1) : Manching ou Berching-Pollanten (Bavière), Lovosice (Bohème), Němčice (Moravie). En Gaule, la plupart semblent légèrement plus récents, puisqu’ils se développent dans le courant du IIe s. et au Ier s. av. J.-C. mais des sites comme Lacoste (Gironde) suggère que ce phénomène a clairement déjà débuté au IIIe s.

La plupart vont devenir rapidement de véritables centres économiques régionaux. On trouve ainsi des sites spécialisés dans l’exploitation de matières premières comme le sel (Bad Nauheim, Schwäbisch Hall, Marsal ?) ou le graphite (Passau). Les activités artisanales et commerciales jouent un rôle prépondérant. On trouve dans ces agglomérations des activités spécialisées (métallurgie, céramique, tabletterie), qui dépassent de loin le simple besoin local. À l’inverse, on trouve de nombreuses importations provenant du monde celtique lui-même ou du monde méditerranéen.

Ces agglomérations ont des fortunes diverses. Dans les années quatre-vingt, l’hypothèse était évoquée d’une désertion de ces villages ouverts au profit d’un oppidum. Ce schéma semble fonctionner sur le site de Levroux, où l’on assiste à un abandon, ou du moins à un net rétrécissement, du « Village des Arènes », au profit de l’oppidum de la « Colline des Tours ». De la même manière l’habitat de Verdun-sur-le-Doubs disparaît au début du Ier s. av. J.-C., tandis que naît l’oppidum de Châlon-sur-Saône. Mais de manière générale il apparaît actuellement que la réalité est beaucoup plus complexe. L’habitat ouvert de Manching, par exemple, s’est vu entouré d’un rempart dans la seconde moitié du IIe s., pour devenir ainsi un oppidum, schéma que l’on retrouve à Orléans-Cenabum ou encore à Châteaumeillant. A l’inverse, le site de Varenne-sur-Seine (Seine-et-Marne), n’est lui fondé qu’au début du Ier s. av. J.-C. et aucun oppidum n’est connu dans son environnement. Pars ailleurs, nombre de ces agglomérations gauloises se poursuivent d’une manière ou d’une autre à l’époque romaine.

Dans le dernier quart du IIe s. av. J.-C., le monde celtique se couvre d’un nouveau type d’agglomération : l’oppidum. La période de fondation des premiers oppida est la même de l’Europe centrale (Hongrie, République Tchèque…) à la Gaule. Ce sont des sites fortifiés, couvrant une surface d’une douzaine à plusieurs centaines d’hectares. Avec les oppida nous sommes en face des premières villes au nord des Alpes. Si nombre d’entre eux périclite avec la période augustéenne, plusieurs d’entre-eux donne naissance à des villes romaines, comme Orléans-Cenabum, Bourges-Avaricum, Besançon-Vesontio, Angers-Juliomagus ou encore Poitiers-Lemonum. D’autre, sans être totalement abandonné au Haut-Empire, donne naissance à des agglomérations plus modeste comme Alésia (Côte-d'Or), le Titelberg (Luxembourg) ou Argentomagus. Certains de ces oppida, comme nous l’attestent à la fois les textes et l’archéologie, doivent être considérés comme des chefs-lieux de cité, de véritables capitales gauloises. Les plus connus restent Vesontio-Besançon, capitale des Séquanes (Franche-Comté), Bibracte-Mont-Beuvray capitale des Éduens (Bourgogne) ou Avaricum-Bourges, capitale des Bituriges (Berry). Pour les Turons (Touraine), c’est sans doute l’oppidum des Châtelliers à Amboise, qui fut leur site principal.

Les fonctions de ces sites sont politiques et religieuses, mais aussi économique. Les oppida sont de véritables centres de production artisanale et lieux d’échanges commerciaux, illustrés tant par l’importance des découvertes monétaires que par la présence de produits d’importation, comme les amphores, qui pavent littéralement l’intérieur de certains sites.
Mais si la principale nouveauté pour la fin de la période gauloise, est bien l’apparition des agglomérations, la majeure partie de la population vie encore dans les campagnes. On assiste d’ailleurs, avec le IIIe s. av. notre ère, à une multiplication des établissements ruraux, caractérisés par des enclos fossoyés. Dans certaines zones, où les terres sont particulièrement favorables, comme la Beauce, la plaine de Caen, on observe une densité d’une ferme tout les kilomètre voire tous les 500 m dans certains cas. Le monde agricole évolue de manière parallèle au monde artisanal. On observe une intensification de l’agriculture avec l’apparition de surplus récolté pour les échanges et pour nourrir les populations des agglomérations tournées vers d’autres activités. Ces établissement ruraux ne semblent pas affectés par les évolutions politiques de la Guerre des Gaule et l’époque augustéenne. Certains d’entre d’ailleurs se poursuivent, sans modification majeure jusqu’au milieu du Ier s. apr. J.-C.

La nouveauté de ces dernières années est la découverte d’établissements ruraux, daté du IIe s . av. notre ère, et qui montre déjà une organisation interne extrêmement poussé qui sera reprise à partir du troisième tiers du Ier apr. J.-C. par les villae romaines. Si le site de Batilly-en-Gâtinais en est, actuellement, la meilleure illustration, il est loin d’être isolé.


Les sites et les fenêtres, sélectionnées dans le cadre de ce projet, permettrons de mieux comprendre cette évolution de l’habitat protohistorique et du début de la période romaine en région Centre. Dans le Berry, les études se porteront en particulier sur le site de Châteaumeillant, qui illustre parfaitement le problème du passage du site ouvert à l’oppidum. Il propose ainsi à un modèle différent du site voisin de Levroux, qui se caractérise par un déplacement de l’agglomération situé en plaine vers l’oppidum installé sur une hauteur. Le Berry permet par ailleurs d’étudier toute une gamme de fortification de taille et nature différente, qui va des petits sites fortifiés de 1 à 2 ha comme Luant ou Meunet-Planche (fouille d’O. Buchsenschutz) à la capitale de cité, Bourges, en passant par des sites comme Neung-sur-Beuvron, qui semble trop modeste pour être considéré comme un véritable oppidum, mais qui est identifié au Noviodunum des Bituriges, mentionné par César dans la guerre des Gaules. L’étude des agglomérations antiques, tel que Pithiviers-le-Vieil, Panzoult ou Mérouville, permet d’appréhender les problèmes de continuités entre la période de l’indépendance et la période romaine.

Le monde rural sera abordé à travers la résidence aristocratique de Batilly, mais aussi à travers de petits sites satellites dont l’étude permettra débouchera sur une meilleure connaissance d’un terroir entier. Cette étude territoriale se fera ainsi à différents niveaux : tout d’abord Batilly et une couronne de sites dans un rayon de 5-6 kilomètres, puis à l‘échelle de l’ouest du Gâtinais, une zone comprise en Pithiviers et Beaune-la-Rolande, éloignés d’une vingtaine de kilomètres, et qui englobe le terroir de Batilly. Cette région teste est particulièrement favorable à ce type d’études car elle ne présente que peut de zones urbaines et encore moins de zones boisées. On a pu ainsi y développer toutes les techniques de l’archéologie : la photographie aérienne (photographies de D. Chesnoy), la photographie par satellite (Geoportail, GoogleMaps, Bingmaps…), les prospections pédestres et géophysiques. Ce secteur a bénéficié de la même manière de fouilles préventives, comme celles liées au tracé de l’autoroute A19 (Batilly-en-Gâtinais, Beaune-la-Rolande) ou au contournement de Pithiviers, mais aussi de fouilles programmés (Batilly, Boynes…).


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